Christophe Lutundula Apala : Travail, efficacité et sobriété

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En quittant l’Assemblée nationale où il a siégé de manière discontinue depuis près de 30 ans pour le gouvernement au poste de Vice-premier ministre, ministre des Affaires étrangères et Coopération internationale, Christophe Lutundula Apala Pen’Apala a opéré un changement remarquable dans son style de travail. Il a notamment remplacé sa verve oratoire légendaire par la sobriété. Sobriété qu’impose justement la diplomatie, son nouveau champ d’action. Mais l’homme a gardé sa rigueur, son efficacité et bien d’autres qualités qui ont fait de lui un des meilleurs parlementaires de l’histoire de la République Démocratique du Congo. Ses premiers actes de gestion suscitent espoirs et optimisme dans le chef tant des agents et cadres du ministère des Affaires étrangères, que des diplomates congolais accrédités à l’étranger dont les mauvaises conditions de travail ont parfois jeté de l’opprobre sur l’image de la diplomatie congolaise.

Dès l’entame…  

Lors de sa prise des fonctions aux ministères des affaires étrangères, Christophe Lutundula, brillant parlementaire réputé, avait annoncé à l’intention du personnel administratif, des directeurs et autres cadres  du ministère : « Je remercie le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi Tshilombo, pour la confiance qu’il a placé en notre personne. Nous sommes venus ici pour travailler. Notre maitre mot, c’est le travail. Nous pouvons beau parler, nous pouvons beau nous plaindre, nous pouvons beau revendiquer, ça ne changera rien. La première de chose à faire c’est d’accomplir notre devoir de travailler dans la fraternité ». Par ces mots, le nouveau patron de la diplomatie congolaise qui venait en remplacement de Madame Marie Ntumba Nzeza avait tracé la ligne de sa politique : le travail, l’efficacité et la sobriété. Venu de l’Assemblée nation où il a laissé indiscutablement ses empruntes indélébiles, Christophe Lutundula est rentré vite dans le vif en nommant son Directeur de cabinet, l’Ambassadeur Ileka Atoki, un routinier, un chevronné du secteur pour amorcer le décollage. Plusieurs dossiers internes à traiter dans l’urgence mais pas dans la précipitation pour ne pas rater le coche ; plusieurs conférences où il fallait que la RDC marque de sa présence.

Le style

A travers ses premiers comme Ministre des affaires étrangères, Christophe Lutundula a non seulement fixé le cap, mais aussi planté le décor de son style au sein de l’exécutif. Il devrait notamment se débarrasser de sa hargne oratoire et mettre, diplomatie oblige, sa langue en poche. Les rapports entre les Etats sont du domaine du secret.

Du parlement où il a su imprimer durant des années l’image d’un bosseur (le terme, mieux le qualificatif, est de Marie Ntumba Nzeza lorsqu’elle a eu l’occasion de qualifier son successeur lors de la remise et reprise), Christophe Lutundula n’avait point ni besoin ni l’intention de se laisser distraire par le confort de son nouveau poste et surtout des fonctions que lui attribue le ministère régalien aux affaires étrangères.

Il faut remettre les gens au travail nonobstant les nombreuses difficultés auxquelles font face les agents du ministère des affaires étrangères. Un ministère complexe et difficile à gérer au regard de ses multiples défis tant sur le plan de la motivation de son personnel que sur l’amélioration des conditions de travail.

En effet, celui qui travaille n’a pas besoin de battre les tambours pour séduire ou alerter l’opinion. Il se concentre à l’essentiel pour laisser parler les résultats de son action. Cette maxime est plus indubitable au ministère des affaires étrangères. Ce ministère, lieu de la gestion et de la conception de la politique extérieure d’un Etat, ne fait pas bon ménage avec l’omniprésence ou le matraquage médiatique.

D’ailleurs, pour les spécialistes en Relations Internationales « le discours diplomatique serait peu pertinent pour éclairer les problèmes internationaux.  Il est qualifié soit  de  banale,  en  raison  de  son  entropie  proche  de zéro, soit  d’euphémique  pour  ses  tournures  édulcorées,  cette  forme  de  discursivité,  fermée  sur  elle-même,  n’apporterait  rien.  Banal,  car  ne  livrant  qu’une  quantité d’informations quasiment nulle ou déjà connue de tous, sans originalité, et redondant, tel serait le discours pour le grand public. Il suffirait donc, pour restituer l’essence de cette vacuité, de repérer sa redondance, érigée au rang de règle et de style ».  

Il est aussi un discours « discret, secret et silencieux. En plus de cette culture de la banalité et de l’euphémisme expressif, un autre  « défaut » est souvent reproché au langage diplomatique : le fait de différer une  affirmation, un engagement, mais surtout, de s’abstenir de parler.

La discrétion, la rétention d’informations, le secret, le silence, entourent rituellement ces hommes d’antichambres qui frayent avec le pouvoir. La  discrétion  fait  partie  des  recommandations  classiques  prodiguées  aux apprentis  diplomates.  Ainsi,  au  début  du XVIIIe siècle,  François  de  Callières conseillait aux négociateurs : « Pour  réussir  en  ces  sortes  d’employs,  il  y  faut  beaucoup  moins parler qu’écouter ; il faut du flegme, de la retenue, beaucoup de discrétion et une patience à toute épreuve.»

De  même,  le  premier  Earl  of  Malmesbury  recommandait,  dans  une  lettre présentant la profession à un futur diplomate :« Le  premier  et  le  meilleur  conseil  que  je  puisse  donner  à  un  jeune homme qui entre dans la carrière est d’écouter et de ne pas parler, tout au moins pas plus qu’il est nécessaire pour inciter d’autres à parler ».

Les nouvelles fonctions de Christophe Lutundula le contraignent au silence, eh bien, à la sobriété. Il est tenu de changer son style.

Domaine de collaboration

En effet, le Ministère des affaires étrangères est un des domaines de collaboration entre le Président de la république et le gouvernement. Dans cette collaboration, le Président de la république est naturellement pré-séant. Cette préséance obligerait le ministre des affaires étrangères, nonobstant sa brillance, de battre en retraite lorsque le Président de la république, le premier des diplomates, s’affiche en avant plan. Le ministre ne peut, dans ce cas, agir qu’en filigrane. On ne fait pas ombrage au Chef.

En la matière, le Vice-premier Ministre, Ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula Apala Pen’Apala sait bien tirer son épingle du jeu. Loyal et courtois à l’égard du Président de la république, il joue son rôle dans l’ombre sans chercher à s’afficher sous les projecteurs des médias du monde comme s’il n’était utile qu’à cela.

Epineux dossiers

L’arrivée de Christophe Lutundula aux affaires suscite grand espoir dans le chef des agents et cadres du ministère des affaires étrangères. Butés à des nombreux problèmes, généralement récurrents, les agents de ce prestigieux ministère attendent fermement l’implication du VPM. Et bien évidemment, c’est sur sa capacité à solutionner ces défis que Christophe Lutundula sera jugé par le personnel du ministère.

Parmi ces dossiers épineux, il y a notamment : La réhabilitation du bâtiment Administratif du ministère des Affaires Etrangères ; la restructuration du cadre organique du ministère devenu obsolète et inadapté à ce jour ainsi que la nomination, du moins la mise en place, du comité de Gestion ; la mécanisation des nouvelles unités et des diplomates rappelés à la Centrale ; le dossier de la retraite des agents et cadres du ministère ayant atteint l’âge requis ainsi que la promotion des cadres et agents ; le rappel des diplomates fin termes et ayant accompli plus de deux termes, la rotation du personnel diplomatique ainsi que le paiement des loyers des diplomates accrédités à l’extérieur et des chancelleries ; le paiement des créances (frais de rapatriement) des diplomates revenus et/ou bloqués à l’Etranger ainsi que le rapatriement des dépouilles mortelles des diplomates décédés en poste ; la liquidation des contributions de la RDC auprès des organisations internationales, régionales et sous régionales dont elle est membre pour permettre l’affectation des cadres congolais à la fonction publique internationale ; enfin, la réduction du nombre des missions diplomatique et des postes consulaires.

Une pierre, plusieurs coups

Les dossiers épineux sont légion aux Affaires étrangères. Mais, pour le VPM, Christophe Lutundula, le plus important est de mettre en place une politique susceptible de redorer le blason terni de la diplomatie congolaise.

Plutôt que de solutionner chaque problème de manière isolée, le VPM, ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula à fit le choix de traiter ces dossiers globalement en intégrant les différents ministères impliqués. Ainsi, une commission interministérielle composée des experts des ministères du budget, des finances et des Affaires étrangères avaient été lancée le 26 juin dernier. Elle a été chargée du suivi de la situation financière des missions diplomatiques et postes consulaires ainsi que des paiements des contributions aux organisations internationales.

Après cinq semaines de travaux, cette commission interministérielle a remis, ce lundi 09 août 2021, le rapport final au gouvernement représenté par le Vice-premier ministre, ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula Apala, le Ministre d’Etat au Budget, Aimé Boji Sangara et le Ministre des Finances, Nicolas Kazadi, au cours d’une cérémonie officielle. Ce rapport contient des recommandations qui devront être mises en œuvre par l’exécutif.

Il s’est agit entre autres de l’engagement des ministres sectoriels à traiter avec diligence et constance, les dossiers relatifs au contentieux financiers des Ambassades et Consulats ainsi qu’aux contributions aux organisations internationales ; la mise en place d’une commission mixte permanente chargée du suivi de l’assainissement de la situation financière des missions diplomatiques et postes consulaires ainsi que les contributions aux organisations internationales ; le déploiement progressif dans tous les postes diplomatiques où il n’existe pas d’attachés financiers des comptables publics en vue de suivre et justifier les mouvements des fonds collectifs pour leur disposition par le Trésor public ; le rappel à tous les chefs des missions diplomatiques de se soumettre  à la reddition des comptes et la transmission à la commission mixte permanente des contrats de bail actualisés des Ambassades et Consultants généraux pour paiement des créances et en cas de résiliation des contrats, annexer ces derniers pour suivi d’apurement d’éventuels arriérés.

La commission interministérielle propose aussi l’institution au sein du cabinet du Vice-premier ministre, ministre des Affaires étrangères, d’une Cellule financière chargée du suivi des paiements dus aux Ambassades, Consulats et Organisations Internationales, laquelle travaillera en étroite collaboration avec la commission mixte ; l’examen de l’option de recourir, en cas d’insuffisance de la trésorerie publique, aux partenaires extérieurs pour une levée de fonds en vue d’apurer tous les contentieux ou encore l’actualisation par le VPM des Affaires étrangères de la circulaire portant fixation et limitation du nombre des engagés locaux par les Ambassades en fonction de leur importance respective et de leurs besoins préalablement déterminés.

Elle propose également une réduction ou regroupement des Ambassades et Consulats selon les intérêts du pays ; le rappel par le Vice-premier ministre des Affaires étrangères, aux Ambassades et Consulats de l’obligation de verser au compte du Trésor les recettes des passeports et visas et interdiction de les consommer à la source et recommande au ministre des Finances de communiquer aux Ambassades et Consulats les numéros des comptes du Trésor public dans lesquels ils devront verser les recettes collectées.

Les Officiels sont appelés à s’acquitter de leurs factures lors de leurs passages dans les aéroports des pays étrangers.

La Commission mixte Affaires étrangères, Budget et Finances propose un paiement rapide d’un acompte forfaitaire de cinq millions de dollars américains, un million trois cent mille euros et trois cent cinquante et un mille FCFA au titre des arriérés des salaires des engagés locaux de différentes Ambassades et Consulats généraux « en vue d’envoyer un signal clair de la volonté politique et de la détermination du pays à assainir la situation de ses représentations diplomatiques et consulaires ».

La commission mixte recommande vivement aux officiels congolais de passage aux aéroports des pays étrangers «  à s’acquitter, pour l’honneur du pays et leur crédibilité, de leurs factures avec leurs frais de représentation » et au gouvernement de réduire le nombre ou de retirer carrément la RDC de certaines organisations internationales sans intérêt réel.

Somme toute, avec la remise de ces recommandations au gouvernement, le Warrior Christophe Lutundula vient de gagner une première manche dans sa lutte pour assainir les représentations diplomatiques et consulaires de la RDC et ainsi redorer l’image de la diplomatie congolaise.         

Ph.K

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